lundi 4 décembre 2023

 

#lundi soleil

Décembre 2023 : orange et rouge

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#orange et rouge ; temple birman




vendredi 1 décembre 2023

 

BLOK

L’inconnue

Le soir, un vent fiévreux et lourd oppresse
Parmi la rue où sont les restaurants,
Alors que juin à des clameurs d’ivresse
Mêle son âme aux souffles altérants.

À peine si quelques voix d’enfants crient.
À peine si l’on voit se détacher
Loin, sur l’ennui morne des closeries,
L’enseigne au croissant d’or d’un boulanger.

Et chaque soir par delà les barrières,
Entre les verts talus de gazon ras,
Les fins roués aux expertes manières
S’en vont, chacun une fille à son bras.

Parmi l’étang le jeu des rames sonne,
Parfois un cri de femme retentit –
Et dans le ciel, qui de rien ne s’étonne,
La lune au croissant blême s’arrondit.

Ainsi le soir, tout au fond de mon verre
Tel un ami fidèle me sourit ;
Et je le vois dans la liqueur amère
Se fondre avec mon visage attendri.

Quelques servants, près des tables voisines,
Errent d’un pas somnambulique et las ;
Des hommes saouls aux prunelles sanguines
Clament en chœur : in vino veritas.

Et chaque soir je revois m’apparaître,
— Ou bien d’un songe seul suis-je leurré ? —
Un corps de femme, au vague des fenêtres,
Svelte, et de soie et de velours paré.

Spectre frôlant les tables par rangées,
Que toujours seule ainsi l’on aperçoit,
Et de parfums et de brouillards chargée
Auprès d’une fenêtre elle s’assoit.

L’on sent peser un monde de ténèbres
Parmi sa robe aux frôlis lents et doux ;
Son grand chapeau s’orne en plumes funèbres,
Ses frêles mains sont lourdes de bijoux.

Telle elle semble à mon âme hantée.
Sous sa voilette, alors plongeant mes yeux,
Je vois s’ouvrir une rive enchantée,
À des lointains purs et mystérieux.

Les sens brûlés d’incorruptible flamme,
Des plus obscurs secrets je suis témoin ;
Tous les replis ténébreux de mon âme
Sont transpercés par l’âpre éclair du vin.

Je crois alors sentir dans ma cervelle
Les grands, les noirs plumages osciller ;
Je vois ses yeux dont bleuit la prunelle
Comme des lis, à l’horizon, briller…

Ainsi je porte un trésor, dont sans cesse
La clé magique obéit sous ma main…
Tu disais vrai, monstre à face d’ivresse :
La Vérité pour moi gît dans le vin.

Blok

 

Ce fut son poème le plus connu mais d’autres ont suivi. Il fut un grand poète du XXe siècle.  Né en 1880 il est mort à 40 ans, l’alcool mais surtout les prostituées et les maladies vénériennes. Il aimait son épouse mais avait besoin des prostituées pour se sentir bien. Il fut reconnu comme un grand poète symboliste russe.

Elena


mercredi 29 novembre 2023

 

EDUCATION CANINE

Quand j’ai eu Porthos, mon léonberg de 2 ans ½, pesant 80 kg et tirant la laisse dès qu’il voyait un chat ou un autre chien, on m’a conseillé de l’éduquer. Aussitôt je l’ai inscrit aux cours d’éducation où on voyait surtout des chiots.

Je suis arrivée avec Porthos pour la première leçon et je suis tombée sur un homme costaud qui criait sur les chiens, il me dit :

·        Je vais le dresser, attendez sur le côté.

Sans rien dire je me suis un peu éloignée et je le vis faire suivre mon chien devant les autres en lui donnant des coups de laisse à chaque fois qu’il tournait la tête et en lui criant dessus. Affolée je me suis approchée et je l’appelai, il se tourna vers moi mécontent :

·        je préfère tenir mon chien moi-même insistais-je.

·        Alors tenez-le bien !

Porthos tremblait dès que le moniteur s’approchait de nous, à un moment donné il fallait passer devant un morceau de viande sans que le chien y touche, le moniteur reprit la laisse de Porthos sans me demander mon avis et bien sûr la tentation fut grande de vouloir essayer d’attraper la viande alors il le dérouilla et je me mis à crier. Je pris mon chien en colère :

·        Vous attendez qu’il vous morde ?

·        S’il essaye de me toucher je le tue, j’ai une carabine toujours à mes côtés. Il faut le casser sinon il deviendra un chien dangereux !

·        Et bien vos méthodes ne me conviennent pas, je l’éduquerai moi-même et je partis.

Porthos me fit la tête en voiture et j’étais au bord des larmes mais en revenant je me suis inscrite sur un forum de chiens qui me conseilla de le promener avec un licol pour chiens et depuis je n’ai plus eu aucun ennui. Je regrette que certains éducateurs exercent la méthode forte pour éduquer un chien au risque d’en faire une lavette sans caractère. Alors que douceur et fermeté est la solution pour la majorité des cas !

Elena



 

lundi 27 novembre 2023

 

#lundi soleil

Novembre 2023 : rouge

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#rouge : boîte de dragées





vendredi 24 novembre 2023

 

LE BATEAU

Il prit son balluchon, l’a mit sur son épaule, des yeux il fit le tour de la pièce, enfin sortit en soupirant. Il salua le cafetier qui ouvrait, continuant son chemin le regard crispé, il tourna à droite et se précipita vers le car qui arrivait, il monta et s’assit en respirant fort.

Il compte instinctivement les stations, il descendait à la cinquième, il se retrouva devant le chantier. Il dit « Bonjour » à plusieurs personnes qu’il connaissait mais refusait de s’arrêter, son visage des mauvais jours mettait une barrière entre lui et les autres.

Il descendit dans la cale, personne ne s’étonna, il travaillait sur ce bateau depuis des années, il se cala de son mieux et attendit le départ, il savait que personne ne penserait à le chercher, ils penseraient qu’il était reparti sans se faire remarquer.

Il attendit près d’une heure avant que le bateau parte, il sourit tout seul, il savait que maintenant il allait en Grèce, jamais sa femme n’irait le chercher là-bas, il avait changé de nom, de papiers et n’avait plus l’intention de subir ses jérémiades, ses pleurs, ses hystéries, il ne la supportait plus, il ne voulait plus d’elle. Il avait essayé de divorcer, étant croyante, elle avait refusé, il avait cherché depuis un an la façon de se séparer en bon terme, elle refusait tout, il lui avait proposé de lui laisser la maison, une part d’argent mais rien ne lui convenait. A bout il décida de faire ce voyage, personne n’était au courant, les enfants étaient grands mais il ne leur avait rien dit, il voulait sa liberté, il en crevait, enfin l’idée de partir sans rien dire germa en lui, il avait réussi et son visage brillait de joie.

Le bateau allait accoster, il sortit de sa cachette, alla sur le pont, le balluchon sur son épaule, personne ne le remarqua, il prit la queue avec les autres pour descendre, il prit la passerelle pour descendre, un regard le força à regarder en face de lui, il vit sa femme qui l’attendait, il faillit tomber, elle était accompagnée d’un policier. Il serra les lèvres prit un air froid et s’approcha d’eux, le policier lui demanda son nom, sans rien dire, il tendit ses faux papiers, le policier le remercia et le laissa partir. Sa femme commença à l’appeler, il se fit sourd, continuant son chemin se bouchant les oreilles mentalement.

Enfin il sortit, il soupira, personne ne le suivait, maintenant elle ne pourrait rien contre lui, il irait sur l’île d’Ios, si elle avait le malheur de venir, il la noierait, elle ne savait pas nager ; l’idée lui plaisait, il put continuer son chemin la tête haute sa liberté il l’avait conquis, il avait donné 20 ans de sa vie à une mégère, il voulait vivre pour lui maintenant, rien ne pourra l’en empêcher.
 

 

L’homme continua son chemin vers l’île d’Ios, il se demanda comment sa femme avait pu le retrouver, il rit brusquement « Mais c’est évident, elle fouille mes affaires et mon billet était bien étalé » Le rire se changea en colère, il se retourna pour voir s’il était seul, il ne vit rien de suspect et continua son chemin. Il arriva chez la logeuse à qui il avait demandé de lui louer une chambre pour deux mois, ensuite il verrait où il irait ; d’origine grecque il connaissait la langue et pensait demander l’hospitalité voire la nationalité.

C’est en se retournant qu’il la vit venir à lui, elle était seule, il descendit vers elle calmement :

-        Tu es venue pour me faire une scène ou pour me ramener de force ?

-        Ni l’un, ni l’autre, j’aimerai que tu penses aux enfants, les jumeaux n’ont que 18 ans et ont besoin de toi.

Il ne dit rien la regardant durement, elle se servait toujours des enfants pour obtenir ce qu’elle voulait. Il lui prit le bras calmement, et l’emmena se promener au bord de la mer.

Elle fut étonnée puis pensa qu’elle l’avait touchée en parlant des jumeaux, il faisait beau, trop chaud pour voir beaucoup de monde à cette heure. Il savait qu’elle ne savait pas nager, doucement il l’attira vers lui, l’embrassa avec un effort presque surhumain, elle se laissa faire surprise et heureuse. Lentement il s’approchait de la mer, il joua avec elle au bord de l’eau tout en l’entraînant, elle ne vit rien. Elle se rappela ses premières vacances avec lui, les jeux dans l’eau, elle savait qu’il la rattrapait toujours dès qu’elle perdait pied. Brusquement elle se sentit couler, elle l’appela de toutes ses forces, il sortit sans même se retourner ; il jeta un coup d’œil, ne vit personne et se pressa de rentrer chez la logeuse, à cette heure elle devait faire sa sieste et ne saurait pas qu’il était sorti.

Personne n’aurait l’idée de la chercher ici, il écrirait aux enfants quand il aura trouvé du travail et un logement dans une grande ville.

Il n’avait aucun remord, juste un soulagement d’être sûr d’avoir enfin trouvé la paix.

Elena